La Gazette

Ce mois-ci, un exposé proposé par André MEYTAYER, adhérent du cercle,
Le 5 Fr rose GANDON démonétisé

Le 19 décembre 1946, l’impression du 3Fr Gandon rose servant à l’affranchissement de la lettre simple cesse. C’est le signal d’un futur changement de tarif. 
On avait dû prévoir suffisamment de stocks pour faire face à une demande forte en fin d’année. Mais, le changement de tarif était imminent puisque dès le 24 décembre 1946, l’impression de son successeur, le 5Fr Gandon rose commençait.

En cette période d’après-guerre, la vie des Français n’est pas facile. On manque de tout, l’inflation est élevée et les salariés luttent contre la baisse de leur pouvoir d’achat. 
Les syndicats et le Parti communiste sont puissants. 
Mr Léon BLUM, l’homme du Front populaire et des congés payés, vient d’accepter d’être le chef du gouvernement. 
Il annonce le 26 décembre une hausse des tarifs postaux le 1er janvier prochain. La lettre simple passera ainsi de 3Fr à 5Fr. Déjà, au 1er janvier 1946, les tarifs avaient augmenté de 50%. Cette fois-ci, la hausse est encore plus élevée : + 66%. Bien sûr, il faut combler le déficit de la Poste mais une telle décision venant de Mr Léon BLUM,  les syndicats et le Parti communiste ne peuvent l’accepter. 
Pour répondre au tarif de la lettre simple du 1er janvier 1947, le 5Fr GANDON rose fut émis le 1er janvier 1947. Son tirage eut lieu du 24 décembre 1946 au 13 janvier 1947. 
Face à la contestation des syndicats, Mr Léon BLUM, chef du Gouvernement, décida  autoritairement de baisser les prix de 10% dont les tarifs postaux pour donner du pouvoir d’achat aux salariés. 
L’Administration des postes fut prise de court et n’avait pas à sa disposition de timbres d’usage courant à 4,50Fr en vente.
 
Deux possibilités se présentaient :
         faire imprimer une surcharge de – 10% sur les timbres à 5Fr. Ce projet a bien existé puisqu’il existe un bloc de 10 timbres avec coin daté du 27 décembre 1946 (cf DALLAY 2005-2006page 223).
        vendre le timbre 4,50Fr sans imprimer de surcharge.

La Belgique, comme la France, connut d’énormes difficultés économiques liées à la période de reconstruction.
 
Le Gouvernement belge présidé par Mr VAN ACKER décida une baisse des prix de 10%. La poste belge dans une note de service prescrit une mention « - 10% » sur tout le stock de timbres pour le 20 mai 1946. Mais cette note n’arriva dans les bureaux de poste que le 17 mai 1946. L’Atelier central de Malines ne pu pourvoir la totalité des bureaux du matériel nécessaire à l’apposition de la surcharge. De ce fait, bon nombre de bureaux fabriquèrent de leur mieux des cachets de fortune. C’est ainsi qu’il y eut un grand nombre de variétés de surcharges réelles mais aussi de complaisance.
 
Sans doute, pour éviter une telle situation, l’Administration des Postes françaises décida-t-elle de retenir la seconde solution. Il était en effet plus simple de diminuer la valeur d’affranchissement du timbre et de changer les tarifs que d’apposer des surcharges sur tous les timbres.

Mais, curieusement, l’impression de notre timbre à 5Fr continue bien au-delà de cette date puisqu’il existe une dernière date : le 13 janvier 1947.
 
Cette décision est totalement incompréhensible d’autant que l’on sait qu’il n’est pas possible de continuer longtemps l’impression d’un timbre vendu avec un rabais de 10% et qui ne peut être utilisé pour l’affranchissement à destination de l’étranger. On allait tout de même pas demander à un postier anglais de savoir que 5Fr font 4,50Fr.
 
Du fait de l’abondance des stocks du 5Fr rose, on retarda l’émission du 4,50Fr bleu au 23 janvier 1947 mais les postiers avaient les consignes suivantes : 
Dans le bulletin n°3 du 31 janvier 1947, la Direction générale des postes donne des directives très strictes à ses postiers dans une note du 22 janvier 1947 relative aux timbres à utiliser en priorité. (page 104) :
 
«  Dans le but de faciliter la tâche des comptables en ce qui concerne l’apurement de leur approvisionnement en timbres-poste, le tableau ci-dessous fixe la liste des figurines postales actuellement en service.
 
Les timbres-poste désignés dans la première colonne doivent être utilisés en priorité.
 
Cette règle est impérative. Il importe en effet, en raison de la pénurie de matières premières, que ces figurines soient consommées jusqu’à complet épuisement des stocks.
 
A cet effet, les directeurs feront le recensement de ces figurines et prescriront, au besoin, aux comptables intéressés, de les adresser à la Recette principale ou à d’autres bureaux importants du département où elles pourront être consommées dans un plus court délai.
 
La responsabilité des comptables sera mise en cause si, au moment du retrait, il est constaté que l’utilisation par priorité des figurines signalées n’a pas été poursuivie avec toute l’attention requise.
 
Les inspecteurs devront obligatoirement consigner dans leurs rapports de vérification les constatations qu’ils auront faites  en ce qui concerne les approvisionnements des bureaux en figurines à utiliser par priorité et, le cas échéant, les mesures qu’ils auront prises pour remédier à la situation.
 
MM les directeurs régionaux et départementaux sont priés de donner les instructions utiles et de veiller  à leur stricte application. ».
 
Dans ce tableau, figure dans la colonne de gauche, notre timbre 5Fr Gandon rose. 
Avec de telles instructions, il n’est pas étonnant de ne pas trouver, dans les premières semaines, de lettre affranchie avec le 4,50Fr bleu.

J’ai vu une lettre 1er jour d’émission à en-tête de la SNCF avec le 4,50Fr mais, personnellement, je n’ai rien trouvé avant le 7 février 1947 tout en cherchant activement ! C’est dire que les instructions ont été appliquées ! et qu’il y avait un stock important de timbres à  5Fr. Bien entendu, il n’était pas possible que la situation durât trop longtemps.
 
On rencontre fréquemment le 5Fr GANDON rose seul sur lettre mais il ne pouvait servir que pour l’affranchissement du courrier intérieur. Un postier étranger ne pouvait pas savoir que 5Fr égal 4,50Fr !.



Lettre du 5 février 1947 de Paris pour Paris affranchie avec le 718A de valeur faciale 5F mais de valeur d’affranchissement 4,50 Fr (tarif du 2 janvier 1947)

Compte tenu de l’écoulement du stock existant et des difficultés liées à l’utilisation d’un timbre vendu à un prix inférieur à sa valeur faciale, l’Administration des Postes décida de le démonétiser à partir du 1er avril 1947 (décret n° 47-434 du 12 mars 1947) :
« Le Président du conseil des ministres, …..
Décrète :
-          Article 1er : le timbre-poste de 5 francs type « République » rouge, dont le pouvoir d’affranchissement a été fixé conventionnellement à 4,50Fr cessera d’être valable pour l’affranchissement des correspondances à dater du 1er avril 1947.
 
-          Article 2 : les détenteurs de ces figurines pourront en demander l’échange jusqu’au 30 avril 1947 inclus contre une valeur équivalente d’autres figurines. Aucune retenue ne sera effectuée sur le montant des échanges ainsi consentis.
-          Article 3 : le ministre d’Etat et le ministre des finances sont chargés de l’exécution du présent décret qui sera publié au Journal officiel de la République française.
Fait à Paris le 12 mars 1947.
                             Paul RAMADIER
Par le président du conseil des ministres :
Le ministre d’Etat
      Félix GOUIN
                  Le ministre des finances
                                               SCHUMAN »
 
(Bulletin officiel des Postes n° 17 du 20 juin 1947 pages 349 et 350) 

Cependant, un avis au public indiqua que le timbre pu être échangé jusqu’au 30 juin 1947.


La fin de  l’utilisation du 5Fr GANDON rose donna lieu à une exposition aéronautique d’Angers en mars 1947.   Du courrier fut envoyé à Ajaccio le dernier jour de validité du timbre avec la mention « TIMBRE DE 5Fr BAISSÉ À 4,50Fr. EXPO.AÉRONAUT.ANGERS MARS 47 »



Lettre de St-Michel-l’Observatoire à destination de Saint Genis Laval (Rhône) affranchie avec le n°719A  dernier jour d’utilisation du timbre le 31 mars 1947. La lettre du 2ème échelon  insuffisamment affranchie (4,50fr au lieu de 6,50fr)  a été taxée 4 francs soit le double de  l’insuffisance.


En cas d’emploi d’un timbre démonétisé, la lettre est taxée comme lettre non affranchie ou insuffisamment affranchie selon les circonstances. Le timbre démonétisé ne doit pas être oblitéré par un cachet à date. 

Lettre du 3 avril 1947 de Neuilly sur Marne pour Bardos (Basses-Pyrénées) affranchie avec le  n°719A (démonétisé depuis le 1er avril 1947) taxée comme lettre non affranchie au double du tarif du 2 janvier 1947 soit 9Francs. Taxation avec les n°s 70 et 84. Le timbre Gandon n’a pas été oblitéré conformément aux instructions postales.

Parfois, les postiers, par méconnaissance de l’usage limité de ces timbres, n’ont pas taxé le courrier.



Lettre du 3 mars 1951 de Paris pour Bayeux affranchie au tarif du 6 janvier 1949 de la lettre simple avec deux         n°827 et le 719A. Pas de taxation malgré l’emploi du timbre démonétisé depuis le 1er avril 1947.